Comment concilier l’environnement et la création d’entreprise ?

Pourquoi concilier l’environnement et la création d’entreprise ?

Parce que sinon, on fait comme la génération précédente, on ne change rien et au vu des informations catastrophiques égrenées sur tous les médias, soit on est Donald Trump, soit on est le reste du monde et on essaie de prendre en compte l’environnement. Dans le cas de la création d’entreprise, cela signifie qu’on fait attention à nos impacts environnementaux. On peut ranger les impacts environnementaux dans trois grandes familles : les ressources, les déchets et la pollution.

Donc vous pouvez être de ces créateurs là, créateurs qui ont une conscience et qui ont la volonté de mieux faire les choses. Il y a peut-être d’autres créateurs qui nous lisent. Des créateurs qui veulent aller plus loin dans l’environnement et qui en font leur mission d’entreprise. Ce qui est le cas de notre société LoopEat. Et là, ça devient plus qu’une volonté environnementale, cela devient une nécessité. Si on ne concilie pas l’environnement en interne, on se risque à avoir une éthique à deux vitesses. En effet, on ne peut pas défendre la consigne et avoir la mission de supprimer les emballages jetables tout en se faisant livrer par Deliveroo les midis au travail par exemple.

Pourquoi ce n’est pas simple de prendre en compte l’environnement lorsqu’on monte sa société ?

En mon sens, parce que l’on n’impose rien, parce que ce n’est pas une priorité et parce que c’est encore trop cher.

On n’impose rien car il n’y a pas de droit environnemental avec des sanctions. Notre société sait très bien juger les délits faits aux entreprises et aux gens, lorsqu’on fait du tord à une personne morale ou physique mais personne ne juge les délits faits à la planète. Il n’y a pas de juge de l’environnement, il n’y a pas de représentant de la planète, assis dans le tribunal. Le code de l’environnement existe dans certains pays en Europe mais il n’impose pas d’obligations juridiques, il énonce seulement des normes de comportement recommandés. On paye des taxes mais on ne sanctionne pas. Dans beaucoup de cas, il n’y a pas de cadre légal, par exemple dans le cadre de notre société LoopEat, il y a un flou juridique autour de la consigne. Rien n’est écrit donc tout est permis et la loi stipule uniquement des recommandations et des encouragements à certains comportements.

Ce n’est pas une priorité parce que encore et toujours la pyramide de Maslow. Tant que l’on arrivera pas à répondre efficacement à la faim, la soif, l’abri, la protection et à l’inclusion sociale (à la misère finalement) on est mal barré. Car effectivement, comment voulez-vous que l’on se préoccupe d’une tierce personne (là je parle de dame nature) lorsque l’on n’arrive pas à s’occuper de soi-même.

C’est trop cher puisque le prix des produits ne prend pas en compte les impacts environnementaux de la conception, du transport ou de l’assemblage mis en oeuvre pour sa création, ce qu’on appelle le sac à dos écologique. J’irai même jusqu’à dire que plus l’impact est important et plus le prix est bas, un paradoxe de notre société. Quand l’on créé une entreprise, on a beaucoup d’investissements à faire et peu de fonds.

Rassurez-vous on peut quand même y arriver à notre échelle.

Mes conseils pour arriver à monter une société lorsqu’on se soucie de l’environnement

Toute activité humaine a un impact écologique, donc il faut oublier l’idée d’être zéro émission carbone, zéro déchet et zéro impact environnemental. Ce qui est important, c’est de réduire nos impacts environnementaux à un niveau acceptable pour soi-même. Pour y arriver, il faut se fixer des objectifs atteignables et pour les trouver, il faut réfléchir à tout ce qu’on va faire pour lancer notre entreprise et évaluer l’impact environnemental de chacune de ses actions.

Je vais prendre trois exemples, que je vais mettre en parallèle d’exemples personnels : l’achat de marchandises, la communication et le transport.

L’achat de marchandises, c’est comme les achats de Noël. Si on est Superman.woman, on fait ses cadeaux soi-même, on a les compétences, on est doué et on a les matières premières à disposition. Pour les cadeaux de Nöel, ça peut se faire pour certains mais pas pour tous, pour une entreprise, c’est pareil. Comme matériel professionnel, je pense notamment aux voitures de fonction, aux petites fournitures (PC, imprimantes), aux matières premières de nos produits. Et là je vais appliquer certaines règles dans l’ordre chronologique suivant : d’abord, est ce que j’en ai besoin dans l’immédiat et est ce que je ne ferai pas différemment en attendant? Si on est le 23 décembre, oui j’en ai besoin dans l’urgence mais dix mois avant, vraiment ? Ensuite, est ce que le matériel doit être neuf ? A la place est ce que je peux le mutualiser ? l’emprunter? Ma recommandation première : si on peut éviter du neuf, on évite. Fabriquer un jean nécessite 32 kilos de matières premières et 8000 litres d’eau, le processus de fabrication d’un Ipad en terme d’énergie nécessaire à le produire représente 77 ans d’utilisation (MOOC Zéro Déchet).

Finalement, si on ne peut pas faire autrement que d’acheter du neuf, deux questions primordiales doivent se poser lors de l’achat de neuf : la provenance et la durabilité. En plus d’éviter l’émission de CO2, l’achat en local favorise le tissu économique local, l’environnement au service du social. Pour la durabilité, c’est plus compliqué, il faut s’en référer aux retours clients, a l’image de marque du fabricant, à notre expérience. A quand un indice de durabilité et de reparabilité sur les produits qui nous permettrait de choisir autrement et non en fonction du prix, du nom de l’entreprise et du lieu de fabrication.

La communication c’est comme lorsque l’on essaie de se vendre auprès d’une entreprise avec son plus beau CV. Si je suis Superman.woman, je projette mon CV sur la lune pour que la terre entière le voit et je suis sûre de toucher tout le monde et donc 100% de chance de trouver un job. Technique irréalisable dans notre cas sauf que lorsque l’on crée, on a besoin d’être vu, que les gens connaissent notre existence. Cet exemple est le plus compliqué et c’est celui ou mon associé et moi-même nous posons le plus de questions. Si on voulait limiter notre impact environnemental au maximum, il ne faudrait faire que du bouche à oreille. En tout cas, l’objectif qu’on devrait tous se fixer est de faire appel à de moins en moins de publicité au fur et à mesure du temps. En attendant que ça arrive, faut-il faire du digital ? du papier? les deux ? Je dirai un mix des deux car les deux se valent, peut-être que le serveur consomme plus d’énergie que la production du papier mais si on divise par le nombre de personnes qu’il touche alors je ne suis plus si sûre de qui est le gagnant.

Si on prend le digital, on sait que les vidéos en streaming sont très énergivores. On sait que les emails qu’on envoie à nos prospects ne sont pas tout le temps ouverts ni sont supprimés donc polluent.

Si on prend le papier, on sait que les flyers ont une durée de vie de quelques minutes, cela reste du jetable à usage unique.

Outre l’aspect du support (numérique ou papier), certains pourraient se dire que la communication est « verte » si elle touche la bonne cible parce que ça voudrait dire qu’elle aura été utile. Et cette manière de penser fait primer la qualité plutôt que la quantité, c’est bien. Mais quand on débute, qui plus est avec un concept innovant et qui plus est sur du BtoC, on a juste qu’un besoin c’est que le maximum de personnes nous connaissent. Et c’est un peu notre paradoxe en ce moment avec mon associée. On a besoin d’être vu mais on a rechigné d’imprimer des flyers pendant 6 mois. C’est pour ça que je dis que cet exemple est le plus compliqué car en création d’entreprise je serai plutôt d’avis d’être un peu plus indulgent sur cette partie là. Un mal maintenant pour un bien plus tard.

Le transport, c’est comme aller voir sa famille en Belgique à Nöel. Si je me transforme en Superman.woman, tranquille pas de problème je vole jusqu’à Bruxelles, c’est rapide, pas de bruit, pas d’émissions de CO2. Ici, on peut agir sur 3 composantes : la distance, la fréquence, le moyen de transport. La distance pour tout ce qui est achat de marchandises, on essaie de faire local. La fréquence pour tout ce qui est rdv professionnels : on évite de se déplacer si on peut passer un coup de téléphone (vous savez les smartphones servent aussi à téléphoner) et le moyen de transport pour nos déplacements professionnels: dans la pyramide de Maslow inversé pour l’environnement on a d’abord le vélo puis les transports en communs, ensuite la mutualisation, puis la petite voiture personnelle et enfin le gros 4×4 diesel qui pue.

Qu’est-ce-que LoopEat a fait pour concilier l’environnement lors de sa création ?

J’ai fait une liste non exhaustive qui peut-être vous donnera des idées : Les lunchbox que nous mettons en consigne sont de qualité, durable, recyclable et sont fabriqués en Suisse (à peu près la même distance que pour aller à Paris). Nous avons acheté du petits équipements à la papeterie du quartier, à Brico Dépôt ou à Métro et pas sur Amazon. Nous n’avons pas acheté d’imprimantes et imprimons occasionnellement au bureau de tabac du quartier. Mon bureau a été fait entièrement de mobilier récupéré de seconde main. Nous partageons un kakemono pour deux avec mon associée. Nous avons attendu six mois avant d’imprimer des flyers que maintenant nous imprimons sur du papier recyclé à Tomoe. Nous limitons les visio-conférences quand c’est possible. Nous privilégions les articles et les images plutôt que les vidéos (sauf pour la campagne de crowdfunding, ou il y a eu vidéo et quelques story). Nous nous déplaçons 90% du temps à vélo, on a emprunté une remorque à un ami pour transporter les lunchbox.

A vous de jouer ! Quelles sont vos prochaines actions pour créer votre entreprise et quels sont vos objectifs environnementaux acceptables ?